sábado, 22 de outubro de 2011

DES LIENS ET DES RAPPORTS*. Miriam Adelman et Lennita Ruggi.

TEXTO APRESENTADO NO XVIII CONGRESSO BRASILEIRO DE PROFESSORES DE FRANÇAIS, Curitiba, Outubro de 2011.


Le thème des relations amoureuses, est le sujet de conversation préferé de bien des gens aujourd’hui. Certain jour, mon ami G., un français qui a habité en Afrique pendant un certain temps et qui croit être une véritable autorité sur son peuple, m’a parlé de son désir d’embrasser la polygamie. Pour lui, et il insiste, c’était impossible satisfaire ses besoins – sexuels, emotionels, intelectuels – avec une seule femme. Ça ne m’a pas surpris parce ce que je connaissais bien cet ami et ses idées saugrenues . De plus , j’avais déja lu un livre sur l´histoire de la construction de l’imaginaire masculin occidental sur les « harem » - « Scheherazade Goes West » par la sociologue et écrivaine marroquine, Fatema Mernissi. Celle-ci décrit la longue tradition discursive des hommes qui cultivent ces fantasmes : ils s’imaginent toujours entourés par des belles femmes, sensuelles, sexuelles, jeunes et bien disposées à leur procurer du plaisir. Je n’ai donc pas hesité à protester avec mon ami, "Ce que peut être paraître interessant pour toi, ne serait jamais le choix des femmes".

C’est ainsi qu’est née ma grande curiosité pour la realité des femmes et familles africaines qui demeurent dans cette structure. Je connaissais seulement les textes de Mernissi, ses mémoires qui racontent principalement des situations où les femmes utilisent des méthodes ingénieuse voire violentes pour résister ou se moquer des règles et coutumes patriarcales . Elle a dit, par exemple :

"In my native Fez medina, women staged huge uproars when their husbands married a second wife, holding funeral-like protests, during which their friends and relatives wailed along with them in the harem courtyards. The fact that polygamy is institutionalized by male law does not make it emotionally acceptable to women. Many queens, as historians have written, suffocated or choked their husbands’ plans to acquire a second wife, or when the rival actually arrived in the home. Still other historical records show that it was often the women who were the victims of [another woman’s] jealousy.” (p. 156)

Après un temps, j’ai connu un professeur africain, directeur d’un lycée dans un des pays les plus pauvres de d’Afrique de l’Ouest, Burkina Faso . Un jour, je lui ai posé des questions sur la polygamie, sur les visions et le vécu des Africains de son pays. Le professeur, une personne très reflexive, m’a répondu initialement à partir de sa propre expérience :

"...de part mon éducation, il me serait très difficile de parler de çela, sans parti pris, car dans la famille dont je suis issu, tout marchait bien. Je me sens plus heureux avec mes deux mères. La preuve en est qu’alors que ma propre mère ne vit plus, j'ai toujours l'impression d’avoir une autre mère."

Ensuite, il m’a proposé son aide pour obtenir une perspective « plus réaliste », en faisant un sondage auprès de ses élèves afin de mieux comprendre l’évolution des points de vue de la jeunesse. Tenant compte des bouleversments liés aux transformations et à l globalisation du monde, les premiers resultats de l’enquête ne me paraissent pas remarquables : des 159 élèves garçons et filles, de 11 à 14 ans ou plus, 14,46% sont « pour la polygamie » (16,98% des garçons et 9.43% des femmes) et le 85,54% des élèves (83,02% des garçons et 90,57% des filles) sont « contre ».

Tout d’abord selon les statistiques connues, les societés qui pratiquent la polygamie , sont presque exclusivement de type « polygynie ». L’homme se marie avec plus d’ une femme ; la situation inverse est peu commune. Si pour mon ami Monsieur G., bien amusé avec son imaginaire « orientaliste » ( pour reprendre le concept d’ Edward Said, enrichi des significations de Mernissi !) et libéral, la polygamie peut permettre « les mêmes possibilités » de liberté et de plaisir aux hommes comme aux femmes. Mais je sens que son argument n’est pas très consistant… Sa proposition est une possibilité presqu’exclusivement théorique, face à la realité historique et culturelle du pouvoir patriarcal et ses infléchissements entre autres religieux et économiques.

On peut argumenter à partir d’autres critères, par exemple en s’appuyant sur les affirmations d’une fille qui a participé à l’enquête de mon ami directeur de lycée. Cette fille fait partie du petit groupe qui s’est prononcé « pour la polygamie »,

"Je suis pour la polygamie parce que si j’étais à la place de mon père j’aurais dû me marier à deux femmes car si tu te maries avec une seule femme au cas oú elle est stérile oú au cas ou elle meurt que ferras-tu ? Une famille polygame permet d’avoir beaucoup d’enfants et permet d’être entouré quand tu serras vieux."

Ce témoignage offre il est vrai une perspective sur le mariage très différente de celle qui est à la base de l’amour passion/amour romantique – un autre mythe de notre culture occidentale moderne, liée à la naissance de l’ individualisme, de la famille dans sa version bourgeoise et protestante et, peut être, des nouvelles formes de domestiquation des femmes. Dans l’énoncé ci-dessus nous pouvons observer l’importance des questions materielles, des besoins de survie des personnes, de leurs préoccupations pour la réproduction des générations – et parfois, peut-être, des formes de solidarité inconnues parmi nous, « les occidentaux ». Les dictons populaires en faveur de la polygamie « quand un c’est bon, deux sera meilleur », contraste avec notre : « Trois c’est trop »

Un des garcons que repond l’ enquete reconnait que la polygamie est un sujet polémique, objet de vives discussions. Selon lui, la polygamie est « le meilleur plan de réinsertion social qui puisse exister », autant pour les hommes que pour les femmes, elle représente « un processus de protection des personnes divorcées, veuves et orphelines ». Relativisant le modèle de la famille bourgeoise, son point de vue impose de repenser les objectifs/attentes familiaux associés à la polygamie : « Le nombre de personnes n’est pas déterminant dans l’harmonie de la vie du foyer. Enfin je pense que la qualité d’un foyer n’est pas liée à la quantité de personnes qui le composent mais à la qualité de ses membres ».

Ainsi, c’ est facile de reconnaitre la dimension pragmatique dans les recits en faveur de la polygamie, comme dans les mots des autre participante de l’ enquête : « la femme est une main d’œuvre productrice de mains d’œuvres ». Dans ce point de vue, stérilité, infidélité ou mortalité sont quelqu’uns des principaux arguments justifiant la « nécessité » pour un homme d’avoir plusieurs femmes.

Les etudiants du Burkina Faso opposés à la polygamie la définisse comme anormal, contre la norme en l’associant a des mots comme« désordres, pauvretre, mésentente, jalousie, maux, maladies, problèmes ». Ces réprobations sont directement liés à la vision chrétienne incorporé par quelquns – et peut-être, aux conflits de la vie quotidienne . La polygamie y « est donc source de tristesse à tous les niveaux ».


Alors que pour ceux qui y sont favorables, c’est la quantité d’enfant qu’ importe, les opposants pensent au contraire, que la qualité de l’éducation des enfants est la question fondamentale. Pour ces derniers, le nombre de femme et implicitement le nombre élevé d’enfants, en milieu pauvre, est vu comme la cause de divers problème sociaux : « enfants de la rue, la mendicité, le banditisme ». Une autre préoccupation affective celle-là est : : « comment sera la gestion (comportement) de l’homme vis-à-vis des ses femmes en terme d’amour ? »

Les opposants comme les défenseurs de la polygamie sont d’accord sur le droit des femmes à accéder à l’amour. La controverse sur la polygamie réside dans le fait de savoir si elle est juste côté cœur, ou si les différences de traitements entre épouses créent haine et amertume. Selon les mots d’une jeune fille : « La polygamie est un péché car Dieu a crée l’homme avec un seul cœur et une seule âme. Pourquoi un seul cœur peut aimer deux cœurs à la fois ? »

La polygamie institutionnalisée rend les femmes mariées vulnérables vis-à-vis des désirs changeants de leurs maris. « Je n’aimerai pas avoir une coépouse dans ma vie », affirme une jeune fille interviewée. Rami, personnage du roman « Niketche » de la mozambicaine Pauline Chiziane pensait la même chose.

Après vingt ans de mariage, Rami découvre que son mari, qu’elle attendait durant douloureusement de longues nuits, avait en réalité plus qu’une amante, il avait une autre famille. Insatisfaction et curiosité l’on poussé à chercher cette autre femme. Elle découvrit que cette seconde femme était également trompée par une troisième. Les recherches amoureuses de Rami l’amenèrent a rencontrer quatre autres épouses vivant en concubinage sans la moindre protection légale. Elle exigeât alors que le mari reconnaisse la trahison et avoue officiellement sa polygamie. Ainsi, selon tradition, elle aurait droit à une part proportionnelle du temps de son compagnon.

S’occupant de cette nouvelle famille élargie avec ses pouvoirs de première épouse, Rami se rapprocha de ces rivales et les aida à obtenir leur indépendance financière, renforçant ainsi ses aspirations en faveur d’un amour moins ingrat. Les disputes pour les faveurs du mari se retournèrent contre lui au point que les épouses lui imposèrent un sixième mariage, arrivant au point de choisir la nouvelle integrante de la famille – refusée ensuite par l’homme.

En plus, Chiziane - l’auteur de ce roman- montre l’importance du temps dans les relations familiales. Celui-ci montre également comment une relation de concurrences entre femmes peut se transformer en relations particulières – relations, en fin, solidaires - entre femmes prisonnières de la poligamie.

Dans les oeuvres de Mernissi et des sénégalaises Mariama Bâ et Fatou Diome, la polygamie n’est pas non plus apreciée par les femmes. Elle est au contraire, clairement representée comme un système qui produit de la souffrance et limite la liberté, les choix et les actions des femmes. Parfois, elle est à l’origine des pires humiliations ou brutalités. Ramatoulaye, personnage du roman de Mariama Bâ, Une si longue lettre, en réflichissant à son expérience et celle des autres femmes au sein des structures polygames, en rêvant d’ une autre vie possible, a dit :

"...being the first pioneers of the promotion of African women, there were very few of us. Men would call us scatter-brained. Others labeled us devils. But many wanted to possess us. How many dreams did we nourish hopelessly that could have been fulfilled as lasting happiness and that we abandoned to embrace others, those that have burst miserably like soap bubbles, leaving us empty-handed ?"

Moi, je dirais que nous, hommes et femmes « occidentaux », emmènons notre propre baggage, produit d’une histoire qui converge et diverge avec celles des autres peuples. Je suis plutôt incliné à être d’accord avec le point de vue de Martha Fineman, chercheuse américaine, lorsqu’elle dit que nous n’avons pas de besoin de faire appel à l’ État pour sanctionner nos relations intimes, mais bien (exclusivement) pour garantir les soins et les droits des personnes vulnérables – les enfants, les anciens, etc. Si la societé (État, économie, culture etc. ) promouvait vraiment les droits de tous, la nécessité du mariage comme forme de subsistance, pour n’importe qui, disparaitrait… Et nous aurions davantage de liberté pour rechercher les formes diverses d’intimité, de sexualité et de solidarité qui nous plaisent...

Ah, mais ceci est une autre histoire, aussi longue, que je laisserai pour un autre jour...

*Remerciements a Germano Pestana e Stéphane Pincemail, pour l'aide avec la version en français.

Nenhum comentário:

Postar um comentário